- Décider à l’ère de l’IA : quand le confort n’est pas neutre
- Décision assistée : quand la décision devient diffuse
- Décider reste un acte humain
- Responsabilité et IA : aucune délégation possible ?
- Rester le sujet dans un monde assisté
- Décider autrement : l’écho de la démarche RESTE
- Ouvrir 2026
- 💬 Et si c’était vous ?
L’IA ne décide pas.
Elle suggère.
Elle priorise.
Elle optimise.
Mais décider à l’ère de l’IA reste un acte profondément humain.
Quand le confort décisionnel augmente, la responsabilité, elle, ne disparaît pas : elle se déplace.
Cet article ouvre 2026 par une question essentielle : qui répond de nos décisions à l’ère de l’IA ?
Et pourtant, quelque chose a déjà changé dans notre manière de décider — dans la posture intérieure avec laquelle nous accueillons ces recommandations, dans la place que nous laissons à notre propre intention.
La décision n’a pas disparu.
Elle s’est déplacée.
Elle est devenue plus confortable, plus assistée, parfois plus floue.
Moins exposée.
Moins incarnée.
Ce glissement est silencieux.
Il ne provoque ni rupture, ni crise ouverte.
Mais il transforme profondément notre rapport à la responsabilité individuelle, et au sens même de la décision humaine.
Décider à l’ère de l’IA : quand le confort n’est pas neutre
Quand une recommandation est bien formulée, bien argumentée, bien chiffrée, quelque chose se détend.
La charge mentale diminue.
L’incertitude semble mieux contenue.
Le risque paraît partagé.
Ce soulagement n’est pas anodin.
Il modifie subtilement la conscience décisionnelle.
Il devient tentant de dire — parfois sans même le formuler :
Ce n’est pas vraiment moi qui ai décidé.
Les données parlent.
L’algorithme propose.
Le modèle suggère la meilleure option.
La décision est toujours là, mais elle n’est plus habitée de la même manière.
Elle se loge dans un entre-deux confortable, où personne n’a tout à fait tort, mais où personne ne répond pleinement.
Ce confort est séduisant.
Et c’est précisément pour cela qu’il est dangereux.
Décision assistée : quand la décision devient diffuse
Pendant longtemps, décider signifiait trancher.
Dire oui ici.
Dire non ailleurs.
S’exposer.
Aujourd’hui, la décision peut devenir :
assistée,
diluée,
distribuée,
parfois même évitée.
On ne décide plus contre quelque chose, mais avec une recommandation.
On ne tranche plus, on valide.
On n’assume plus un choix imparfait, on suit une option dite “optimale”.
Plus l’IA est performante, plus la tentation est grande de ne plus habiter la décision.
Non pas parce qu’elle décide à notre place,
mais parce qu’elle rend possible une forme de retrait discret, presque indolore.
La décision n’est pas supprimée.
Elle est déplacée hors du sujet.
Décider reste un acte humain
Aucune IA ne porte la conséquence vécue d’une décision.
Aucune IA ne ressent le doute, l’élan, la perte ou la fierté qui l’accompagnent.
Aucune IA ne répond de ce qu’elle optimise.
Décider reste un acte profondément humain — non parce qu’il serait irrationnel,
mais parce qu’il engage une relation à soi, une identité professionnelle, une manière d’être sujet de ses choix.
Décider, ce n’est pas seulement choisir une option.
C’est accepter d’en répondre.
Responsabilité et IA : aucune délégation possible ?
Le mot responsabilité vient de respondere.
Répondre de.
Répondre de ce que l’on fait.
Mais aussi de ce que l’on délègue.
Et parfois, de ce que l’on laisse faire.
La responsabilité n’est pas une faute à éviter.
Ce n’est pas un poids.
Ce n’est pas une culpabilité.
C’est un lien.
Un lien entre un sujet et ses actes.
Un lien qui fonde la dignité de celui ou celle qui décide, même imparfaitement, même sous contrainte, même assisté.
Renoncer à habiter la décision, ce n’est pas devenir plus rationnel.
C’est s’éloigner de ce lien.
Rester le sujet dans un monde assisté
Il est possible d’écouter une recommandation sans s’y dissoudre.
Il est possible de s’appuyer sur une analyse sans s’y cacher.
Il est possible de décider sans être certain.
Rester sujet, aujourd’hui, ne consiste pas à refuser l’IA.
Mais à refuser de s’effacer derrière elle.
À dire :
c’est moi qui décide, même aidé,
c’est moi qui réponds, même si l’option n’est pas optimale,
c’est moi qui assume, même quand la recommandation était “bonne”.
Cette posture n’est pas confortable.
Elle est exigeante.
Mais elle est profondément vivante.
Décider autrement : l’écho de la démarche RESTE
La démarche RESTE, proposée dans Manager autrement, n’était pas une méthode de décision.
C’était déjà une posture de tenue intérieure face à l’incertitude.
À l’ère de l’IA, cette posture trouve une résonance nouvelle.
Ralentir face à l’accélération des recommandations.
Écouter sans confondre signal algorithmique et voix intérieure.
Sentir ce que la décision engage réellement, au-delà de l’optimal.
Trancher même quand la décision reste imparfaite.
Engager sa responsabilité — respondere, répondre de ses choix.
RESTE n’aide pas à mieux décider.
Il aide à continuer à habiter la décision, même assistée.

| RESTE | Écho direct avec l’IA |
|---|---|
| R — Ralentir | Résister à l’accélération artificielle des recommandations |
| E — Écouter | Ne pas confondre signal algorithmique et voix intérieure |
| S — Sentir | Percevoir ce que la décision engage vraiment (au-delà de l’optimal) |
| T — Trancher | Assumer une décision imparfaite, même assistée |
| E — Engager | Répondre de ses choix (respondere) |
Ouvrir 2026
À l’ère de l’IA, la question n’est pas :
que pouvons-nous décider avec elle ?
La question est plus intime, plus grave, plus fondatrice :
qui restons-nous quand décider devient plus facile ?
La responsabilité ne se délègue pas.
Même quand la décision est assistée.
💬 Et si c’était vous ?
Dans vos contextes,
où sentez-vous que la décision se déplace —
ou parfois s’efface — avec l’IA ?
Un arbitrage devenu plus confortable.
Une responsabilité diluée.
Un choix validé sans être vraiment porté.
Si un cas, un retour d’expérience ou un apprentissage mérite d’être exploré,
vous pouvez le proposer comme matière de travail dans le Campus.
Ces contributions nourriront la résidence créative 2026 et les cas INTENSIO à venir —
sans injonction, ni appel à témoignages.
👉 C’est à partir de là que tout commence.

